Dans son livre « L’homme et son lieu », le Dr Paul Tournier, médecin suisse, a mis en lumière l’importance du lieu de vie pour l’être humain. Pour lui, « Tout être humain est en quête de son identité personnelle, de s’enraciner quelque part, de se situer dans le monde ; de ne pas flotter comme un bouchon à la dérive sur les eaux. C’est le cas de tant de réfugiés innombrables, mais pas seulement d’eux. Jean-Jacques Rousseau l’exprimait quand il écrivait qu’il cherchait sans cesse un “lieu pour vivre”. Certes, il se disait citoyen de Genève, mais il l’avait résolument quittée. C’est que le lieu n’est pas seulement géographique, il s’agit de la relation du sujet au monde et à autrui, de son insertion sociale, morale, spirituelle, affective ».

Les mots « villes », « villages », « cités » apparaissent plus de 1200 fois dans la Bible. Lorsque Dieu crée Adam et Eve, il les établit dans un lieu dénommé Paradis avec tout un environnement propice à leur développement et il leur donna le pouvoir de l’améliorer, donc de l’entretenir et l’embellir. De même les versets ci-dessous montrent également l’importance que Dieu accorde aux lieux. Par exemple Jérusalem est le lieu choisi par Dieu comme sa cité. La Jérusalem terrestre est qualifiée de cité de Dieu en raison de l’emplacement du temple et conserve encore aujourd’hui son importance pour les chrétiens et pour les musulmans. Il suffit de s’y rendre pour se rendre compte de la dévotion des Juifs et des Chrétiens aux pieds du Mur des Lamentations. En octobre 2018, nous avons effectué un périple et visiter certains lieux bibliques (Mer morte, la Galilée, le Jourdain, le Golan, Jérusalem, etc). Le Vatican et la Mecque sont aussi des lieux hautement importants pour les catholiques et les musulmans. Chrischona a aussi une valeur pour les Eglises de la Stadmi.

Aujourd’hui, mentionner Paris, fierté des Français, évoque l’idée de culture, de Champs- Elysées (plus belle avenue du monde !) à la cuisine, Genève fait référence à l’humanitaire et à la diplomatie internationale et à la rigueur suisse, New-York au rêve américain, l’Ile Maurice ou le Sénégal, aux plages, soleil, poissons et fruits de mer !

Il convient de voir successivement l’importance du lieu dans la vie de tout être humain (I) avant d’analyser l’aspect spirituel (II).

  1. L’IMPORTANCE DU LIEU POUR L’ETRE HUMAIN

Le lieu est important pour nous car il revêt plusieurs significations.

  1. Le lieu en tant qu’étape de vie

Le lieu est important pour tout être humain car il représente une étape dans notre vie, à l’exemple du lieu de naissance. Moïse naquit en Egypte et y grandit, mais il n’y finit pas sa vie. Jésus naquit à Bethléem. Nous attachons beaucoup d’importance à notre lieu de naissance de telle sorte que certains lieux de naissance sont devenus des lieux de pèlerinage (Bethléem, lieux de naissance de certaines personnes).

Le lieu peut -être un lieu de transit ou de séjour temporaire (enfance, études) avec de souvenirs divers qui nous façonnent et nous marquent. Pour les Juifs et les chrétiens, l’Egypte est synonyme d’esclavage, de souffrance ou de péché.

  • Le lieu en tant qu’objectif à atteindre

Lorsque les enfants d’Israël sortirent d’Egypte, Dieu les conduisit par divers lieux comme des objectifs à atteindre (Mer rouge, le désert, diverses villes à conquérir et Canaan). L’histoire nous montre que les lieux que nous habitons aujourd’hui ont pour la plupart fait l’objet de conquêtes guerrières. Les forteresses et certaines villes fortes étaient des lieux de sécurité pour les habitants. Une fois atteintes, on pouvait s’y sentir en sécurité, en harmonie et en paix.

De nos jours, lieu en tant qu’objectif est mis en évidence par les migrants et les réfugiés qui se fixent comme objectif de quitter leurs lieux de résidence (leur pays) pour se réfugier ou migrer ailler, notamment en Europe, USA ou Canada. Dans la majorité des cas, ces personnes ont le désir profond de rentrer chez eux une fois les circonstances redevenues meilleures. C’est le cas de Naomi, la belle-mère de Ruth qui ont fui la famine pour se réfugier dans le pays des Amalécites et qui étaient rentrée veuves. En suivant sa belle-mère, Ruth deviendra la grand-mère du roi David.

Dans l’Ancien testament, les enfants d’Israël avaient des villes-refuges pour ceux qui avaient commis un homicide involontaire et devaient s’y refugier pour ne pas être tués par le vengeur de sang. Ils devaient rester dans ces villes jusqu’à la mort du souverain sacrificateur en exercice avant de regagner leurs domiciles.

Il est intéressant de voir que les lieux objectifs de la vie du peuple d’Israël de l’Ancien testament sont celles par lesquels nous passons aussi spirituellement (Egypte : monde sans Jésus-Christ ; Mer rouge : baptême, Désert (formation de notre caractère) ; conquêtes (maturité spirituelle, service pour le Seigneur) et Canaan (Royaume du Seigneur ou paradis).

  • Le lieu en tant que lieu de résidence ou de vie (destination finale)

C’est le lieu choisi pour s’établir et vivre. Ce lieu s’annonce comme un lieu d’ancrage identitaire, d’enracinement. Canaan a été divisé en 11 parts entre les 11 tribus d’Israël car les Lévites en tant Sacrificateurs n’avaient pas de terre. Ce lieu a un lieu affectif fort, indestructible et a donné lieu à de magnifiques romans et poèmes (exemple Jérusalem dans les Psaumes, Paris ou New-York).

Ce lieu est béatifié par les ressortissants avec un très haut degré de patriotisme. On est non seulement prêt à vivre, mais aussi à tuer et se sacrifier pour le préserver. C’est pour cela que tous les pays ont des armées pour garder et défendre le territoire national, quite à entrer dans des guerres dites « préventives ». Ce lieu fait appel à la notion de Nation et de dignité nationale. On peut accepter certains actes prohibés au nom de l’« intérêt supérieur de la Nation » ( espionnage, assassinat). Tout est fait pour préserver le lieu car on aimerait le transmettre plus beau et meilleur à la génération future (d’où la création de différents départements ministériels et services).

Assez curieusement plus les gens vieillissent, plus ils pensent à leurs pays d’origine (qui peut être aussi celui de leur lieu de naissance). Cet ancrage identitaire nous donne de nous impliquer dans la vie sociale, d’aimer l’environnement et de partager des valeurs communes de telle sorte que parfois l’évocation du lieu ou du pays nus emplit les yeux de larmes ou de sentiments divers en tant que Suisses, Centrafricains, Américains, etc. Ce lien est si fort que des personnes quittent parfois le bien-être matériel et de situations aisées pour rentrer dans leurs pays suscitant l’étonnement de tous. C’est le cas des réfugiés ou de personnes travaillant en Suisse qui décident de rentrer chez eux une fois à la retraite.

  • Le lieu en tant dernière demeure

On ne peut parler du lieu sans se référer à la » dernière demeure » ou la tombe. De leur vivant, certaines personnes prennent le soin de désigner le lieu précis, voire les détails précis relatifs au déroulement de leur enterrement (exemples : Johnny Halliday sur l’Ile de Saint-Barthélemy, Jacques Brel à Hiva Oa, aux Marquises).

II- L’IMPORTANCE SPIRITUELLE DU LEIU POUR LE CHRETIEN A l’AUNE DU COVID-19

 Le Covid-19, en dépit de ses conséquences sanitaires et économiques, appelle les chrétiens à une réflexion plus profondes sur le lieu et à une évidence :il a montré que quel que soit la beauté, la richesse, la splendeur, la puissance d’un lieu ou d’un pays ici -bas, aucun lieu ou pays sur terre ne peut être qualifié de lieu ou pays sûr ! Pour s’en convaincre, il suffit de voir ou revoir les images surréalistes des villes fantomatiques que sont devenus Paris, New-York, New-Delhi, Londres, Genève, etc… Dieu veut ainsi nous réveiller et nous montrer que la seule cité parfaite à laquelle les chrétiens devraient être attachés est la « Jérusalem Céleste », le « Royaume de Dieu » qu’il a déjà implanté dans notre cœur le jour de notre rencontre avec le Seigneur Jésus-Christ !

En effet, j’ai pris conscience que dans le monde et en Suisse des milliers de personnes ont perdu la vie suite à l’infection du Covid-19. Combien sont-ils dans la cité céleste auprès du Seigneur ?

Le Covid-19 m’a ramené à l’essentiel : être un « agent touristique céleste », en d’autres termes être un véritable ambassadeur du Royaume de Dieu, notre résidence finale.

A mon sens, chaque église, chaque chrétien, notamment en Suisse et en Europe, devrait revoir ses priorités et se poser la question s’il prend vraiment à cœur la promotion de notre lieu de résidence finale qu’est le ciel. Avons-nous fait ou ferons-nous de l’annonce de l’Evangile notre priorité pour le salut des âmes ? De la même façon que nous admirons et parler de la beauté de notre quartier, ville, pays terrestre, avons-nous un tel zèle pour parler du royaume des cieux ?

Ces réflexions m’ont conduit à me rendre finalement compte que mon véritable lieu de vie est en Christ et de l’annoncer.

Conclusion

En définitive, nous ne sommes que des pèlerins sur cette terre. Nos lieux actuels de vie, où que ce soit et aussi magnifiques soient – ils, ne sont que des étapes. Le meilleur est à venir : La Cité céleste, la Jérusalem céleste où nous règnerons avec le Seigneur si nous respectons sa volonté et gardons une foi ferme !

Soyez bénis !